Des rituels pour se relier à la Vie

Posté le 06.01.15

Groupes d’hommes, cercles de femmes, cérémonies initiatiques… Le besoin de retrouver des rituels de passage se fait de plus en plus prégnant. Pourquoi ce besoin ? A quoi nous reconnecte-t-il ? 

Autrefois, les rituels de passage étaient intégrés à l’organisation sociale. A l’adolescence, filles et garçons se soumettaient à une série d’épreuves physiques et morales, chargées de sens, destinées à les faire grandir et les aider à récupérer leur âme d’adulte. 

(extrait de INREES) Nos sociétés ont évacué ces initiations. Elles correspondaient pourtant au besoin de franchir symboliquement une étape. De faire le grand saut, d’affronter l’inconnu pour comprendre des choses sur soi et sur le monde, de découvrir les forces que l’on peut mobiliser, en soi et alentour. « En un mot, il s’agit de toucher du doigt notre peur de vivre, de comprendre de quoi elle parle, et d’éveiller quelque chose en nous qui nous éclaire, nous nourrit et nous relie », estime Stéphane Gonnu. 


La problématique est particulièrement visible chez les adolescents. « Ils ont un besoin impératif de ritualisation pour garantir leur séparation – de leurs parents et de leur ancienne enveloppe », indique Fabrice Hervieu-Wane, auteur d’Une boussole pour la vie, les nouveaux rites de passage. Mais que leur propose le corps social ? Le bac, le permis de conduire, la première cigarette ou le premier compte en banque… « Ce sont des coquilles vides de sens », estime le journaliste. 
« La société n’a pas non plus d’outil pour répondre à leur besoin de connexion à la terre et à l’univers », souligne François Demange, spécialiste des cultures chamaniques. Alors ils créent leurs rituels, au risque de s’y fourvoyer. « Ils fument des joints, se saoulent, touchent aux drogues, vivent grâce à ces substances des sensations d’ouverture du cœur et de créativité, mais ces outils ne sont pas les bons, car l’énergie qui les sous-tend n’est pas saine », indique le guérisseur. En cause aussi : le manque de contexte. La psychanalyste Ghislaine Bourgogne cite ainsi le cas d’un jeune homme ayant vécu une crise mystique après avoir pris, seul, des hallucinogènes. « Cela a entraîné de sérieux désordres énergétiques », raconte-t-elle. 

La vie est jalonnée de passages. De l’enfant à l’adolescent, de l’adolescent à l’adulte, mais aussi à chaque fois qu’elle nous confronte à une période de transition ou de rupture : un deuil, la fin d’un amour ou d’une aventure professionnelle, le départ de ses enfants… L’être chancelle, l’interrogation pointe : que se passe-t-il ? Où en suis-je ? Dans quelle direction avancer ? Le besoin de franchir un cap surgit. 


Roselyne est atteinte d’un cancer du sein. Aussi circonscrit ce mal soit-il aujourd’hui, le vivre dans sa chair n’a rien d’anodin. Pour le traverser, elle a été accompagnée pendant 7 mois par Marie Motais, fondatrice de la compagnie de danse Alluna. « Depuis la nuit des temps, les humains ont chanté, dessiné, dansé pour honorer les événements de leur vie », souligne celle-ci. Face à l’incertitude, à la peur, aux tabous de la maladie et de la mort, danser peut être un moyen initiatique de contacter « ce qu’il y a de vivant en nous », poursuit Marie Motais. Par l’expression du corps, l’être explore « ce qui est là, en présence », comment il se sent, « comment il va aller à la rencontre de sa propre créativité et parvenir à l’exprimer dans son quotidien », tissant ainsi un nouveau rapport à la vie. 

(...) Reste à se souvenir que l’initiation n’est que le début du chemin. « En latin, initiare signifie commencer, rappelle Stéphane Gonnu. Nous sommes là pour ouvrir une porte, créer un élan. » A la personne ensuite, une fois le rituel traversé, de parvenir à en intégrer la portée dans son quotidien. Pas facile, quand rien autour de soi n’a changé… « La solitude affleure, le risque est de retomber rapidement dans ses habitudes, concède le président de MKPEF. C’est pour cela que nous avons créé des groupes d’intégration. »

C’est aussi pour cela que les hommes initiés reviennent initier à leur tour. « Y retourner, c’est remettre l’ouvrage sur le métier, se confronter à la responsabilité d’être là pour l’autre. En transmettant ce que nous avons reçu, nous continuons à recevoir », conclut Stéphane Gonnu. 

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